Profil

  • Chercheur en Droit, Défense et Sécurité Internationale. Militant socialiste, Brest rive gauche.

Présentation

Images Aléatoires

Recommander

Dimanche 8 mai 2011 7 08 /05 /Mai /2011 23:15

antigone_leighton.jpg

 

Introduction :

 

 

Lorsque j’entends la plupart des points de vu portant aujourd’hui sur un bilan des indépendances africaines, je reste quelque peu tantôt abasourdi ou tantôt amusé par au moins deux choses. L’une entrainant inéluctablement l’autre :

 

D’abord, une forme d’unanimité des points de vu que j’ai jusqu’ici entendu à ce sujet et qui si au départ pouvait paraître compréhensible et rassurante pour les africains, avec le temps, devient lassante et à mes yeux inquiétante.

 

La deuxième chose, donc, et qu’entraîne cette unanimité de positions, c’est le non-discours. L’évanouissement de ce dernier dans un ensemble uniformisant et sentant le « bien-pensant » dans un domaine où l’éthique et les discours du cœur sont mauvais, pour l’analyse et les projections.

 

Penser une question, un évènement, c’est lui donner un sens. Soit que ce sens soit imposé par l’éclat des évènements (et encore…), soit que ce sens soit provoqué par l’individu, à contre pied du mouvement général. Détaché du contexte spatio-temporel, penser c’est donner du sens à un évènement, après que celui-ci ai eu lieu ; avec des mots.

 

En guise de problématique, je voudrais m’interroger sur trois questions :

 

« En matière d’indépendance, de quoi s’agit-il en réalité ? »

« Les États africains souhaitent-ils réellement leurs indépendances ? »

« Est-il de nos jours, pertinent de se poser la question de cette manière ? »

 

Apporter quelques indices et une grille de lecture trop peu évoquée lorsque l’on aborde la question des indépendances africaines, mais Ô combien fondamentale, pour obtenir les réponses essentielles et probablement réorienter le débat.

 

J’ai eu recours, pour les besoins de mon propos, à l’invocation de trois mythes (I), à l’analyse d’une fiche signalétique (II) et à l’établissement d’un état des lieux sous la forme d’axiomes (III).

 

 

I-                   « L’origine du monde » : brève esquisse d’une pensée ontopolitique

 

 

A l’évocation de ce titre, même si le souvenir de la toile de Courbet peut paraître séduisant à certains esprits, c’est de toute autre chose dont il s’agit ici ; le force créatrice du Chaos comme force structurante et non structurée.

 

En 1922, le russe  Alexandre Friedmann, repris par le belge Georges Lemaître, mettaient en place le modèle cosmologique qui allait expliquer l’origine de l’univers, dans la pensée scientifique occidentale. Selon la théorie du Bigbang, celle-ci serait le résultat d’une expansion chaude et rapide s’apparentant à une explosion.

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, une version similaire existait déjà dans la cosmogonie fang. Dans ses ouvrages, l’écrivain, philosophe et artiste gabonais, Tsira Ndong Ntoutoume, évoquait le songe d’Oyono Ada.  Selon le récit de ce dernier, l’univers serait issu de l’explosion d’un œuf de cuivre (Aki gnoss) renfermant une forme intelligente, créatrice et libératrice.

 

Le deuxième mythe que je voudrais évoquer ici est la tragique histoire d’Antigone selon la version de Sophocle.

 

Antigone est la fille d’Œdipe, roi de Thèbes et la sœur de deux prétendants à la couronne qu’Œdipe vient de quitter : Polynice et Etéocle. Les deux frères en quête de pouvoir, vont se livrer à une lutte épique, dont la mort sera le dénouement final. Antigone est condamnée par Créon à être enterrée vivante dans le tombeau des Labdacides pour avoir donner une sépulture à son frère Polynice. Son fiancé Hémon, fils de Créon, se tue sur le cadavre d'Antigone et l'épouse de Créon, Eurydice, se suicide après avoir appris la mort de son fils Hémon.

 

Dans une approche ontopolitique, cette tragédie est analysée, comme le fondement du discours politique et des logiques qu’il engendre[i].

 

La dernière histoire que je voudrais ici conter est une fable de la Fontaine intitulée, « le pot de terre et le pot de fer ». Dans cette fable, le pot de fer, propose au pot de terre d’aller en voyage. Proposition que le pot de terre, conscient de sa fragile constitution, décline. Cependant, le pot de fer arrive à convaincre le pot de terre de le suivre en évoquant le fait, qu’en cas de mésaventure, ca serait, lui, le pot de fer qui viendrait s’interposer entre l’adversité et le pot de terre.

« L'un contre l'autre jetés,  au moindre hoquet qu'ils trouvent. Le pot de terre en souffre; il n'eut pas fait cent pas que par son compagnon il fut mis en éclats, Sans qu'il eût lieu de se plaindre. »

 

L’immense culture mondiale, aussi hétéroclite puisse-t-elle être, regorge de récits similaires, souvent forts pédagogiques, sans que, hélas toute la portée de leur sens soit saisie. Et pourtant, rien de ce qui se fait dans la société ne comporte en soi des caractéristiques qui en feraient un élément ex nihilo. « Rien de nouveau sous le soleil ». Et si « l’histoire est un éternel recommencement », c’est qu’il faudrait bien à un moment, lire dans ses signes, afin de mieux la saisir.

 

Au travers de ces histoires, ramassées au passage, j’ai voulu jeter les fondements de ce qui constitue la pensée politique réaliste.

 

Il est possible et légitime de s’interroger sur le lien, éventuel entre des mythes, des croyances religieuses voire mystiques, des comptines pour enfants, et une affaire aussi sérieuse que la politique et les relations internationales. C’est que, justement là, réside tout le sérieux de la politique en tant qu’elle est avant tout, une affaire de drame, de destin, de force et de singularité.

 

A l’heure actuelle, il est méthodologiquement maladroit de vouloir lire ou analyser les conjonctures politiques, de manière isolée, sans avoir la perspicacité de saisir toute l’étendue de la question…du drame, qui au passage est fondamentalement métaphysique mais n’est pas que ça. Car il comporte bien des aspects qui malgré l’aspect noueux de son essence, présentent des éléments mesurables, d’un point de vu quasi scientifique ; du point de vue du juriste et du politologue.

 

 

II-                L’indépendance des États  africains ; une réalité juridique

 

 

Du point de vu droit, la communauté internationale (il s’agit de cela) est composée d’États  et de quelques organisations internationales, décrites avec austérité comme des sujets dérivés en droit international. A l’Unisson, tous les juristes internationalistes reconnaissent à l’État, un ensemble de critères[ii], pour qu’il soit reconnu comme tel, par ses pairs et par ladite communauté des États. Ces critères, au nombre de quatre, sont :

 

·         Un territoire, bordé par des frontières intangibles et idéalement intègre[iii].

·         Une population liée à l’État  par le lien juridique de la nationalité.

·         Une autorité politique légale (à distinguer de la légitimité)

·         Une souveraineté sur la scène internationale qui assure son indépendance.

 

A l’analyse des critères que je viens de mentionner, il m’est difficile de trouver dans la communauté des États  africain, un seul (sur les 54, en incluant les archipels) qui ne remplisse pas les quatre critères. D’abord, parce qu’il ne serait pas reconnu sur la scène internationale comme étant un État. C’est le cas à ce jour pour le Sahara Occidental qui selon un avis consultatif de la CIJ de 1975 : « (…) ne remplit pas les conditions minimales en termes d’autorité politique et de structure gouvernementale (…) : pour qu’on puisse  parler d’État ». A ce jour les États  africains sont d’une part des États  au sens du droit international, mais et surtout, à travers le critère de souveraineté, leur indépendance par rapport à tout autre État  est garantie en droit[iv]. Ce qui sera renforcée ultérieurement par deux notions :

 

v  Le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures[v]

 

v  Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes[vi].

 

Cependant à la lecture de l’actualité internationale de ces dix dernières années, il est possible pour l’observateur, d’éprouver un double sentiment.

 

-          D’une part, un faussée entre le droit international et la pratique des États

 

-          D’autre part, le sentiment que de plus en plus, l’exaltation de ce que Jean-Jacques Roche qualifie d’Hégémon réaliste, atteint un seuil qui frôle la saturation[vii].

 

Ce qui est normal, si l’on a une vision quelque peu idéaliste de l’État  de sa nature et de son rôle. A ce sujet de nombreux philosophes se sont déjà penché sur la question et certains, dont les plus célèbres, Nietzsche, Hobbes et Kant ont posé les bases de la réflexion sur l’État  et de sa nature. Une sorte d’analyse des forces profondes qui animent les logiques de ce dernier.

 

Pour Hobbes, l’État  est  le Léviathan (Bête biblique [Psaumes (74,14 et 104, 26), Isaïe, 27, 1 et au Livre de Job (3:8 et 40:25 et 41:1] sorte de mélange entre serpent, dragon et crocodile assimilée à la Bête dans l’apocalypse)

 

Pour Nietzsche, l’État  est un monstre froid, le plus froid des montres. [(…) Etat, qu'est-ce que cela ? Allons ! Ouvrez vos oreilles, je vais vous parler de la mort des peuples.

L'Etat, c'est le plus froid de tous les monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « moi l'Etat, je suis le peuple »][viii]. Ce qui d’une certaine manière pose le problème quant à la raison d’État, au nom de laquelle de nombreux actes sont posés, justement, au nom du peuple[ix].

 

 

III-              État  des lieux conclusif

 

Partant de ces postulats, je souhaite enfin aborder le cas des politiques étrangères des États  africains[x]. Car, la question des indépendances, c’est avant tout et surtout, toute l’histoire des remous de la diplomatie.

 

Sur la politique étrangère des États  africains, je résumerai mes points de vu, car une publication ultérieure, consacrée uniquement sur le sujet est en cours…

 

Axiome 1.

 

Les indépendances africaines sont le résultat d’une négociation entre pour la plupart, les puissances occidentales et leurs anciennes colonies. Là où d’un point de vu historique, la plupart des nations occidentales ont connu la leur, « par le feu et par l’épée ». Cet aspect n’est pas négligeable, politiquement. Non pas que je pense que la violence soit la seule alternative, mais qu’elle est comme je l’ai dit maintes fois, un paramètre structurant des rapports entre États. Max Webber pensait que « si la violence n’est pas l’unique moyen de l’État, elle constitue néanmoins son moyen spécifique »[xi].

De là je tire ma première conclusion : « Une indépendance négociée est par nature, une indépendance molle  dont il faut assumer la teneur »

 

Axiome 2 :

 

Si les indépendances ont été le fruit d’une négociation, cela implique l’existence au préalable de parties négociatrices, dont une partie forte (celle qui donne) et une partie moins forte (celle qui réclame). L’intérêt d’opérer un tel découpage, réside dans le fait que cette configuration, couplée au paradigme de l’intérêt et au théorème de l’impossibilité emmène chacune des partie à agir selon son intérêt propre. Pour la partie qui octroie l’indépendance, elle cherche parmi la foule des prétendants au pouvoir, lequel est à même de défendre ses intérêts. C’est une réalité. Et pour le candidat choisi, tout l’intérêt de défendre les intérêts de l’autre partie réside dans la garantie du maintien, aussi longtemps que possible, à la tête du nouvel État. Je crois que c’est ce qu’on appelle parfaitement en biologie, une Symbiose. 

Ce qui me permet d’ouvrir sur la deuxième question que je posai en guise de problématique.  « Les États  africains souhaitent-ils en réalité leurs indépendances ? » Si ces revendications existent, elles proviennent des populations qui trouvent dans les liens diplomatiques « trop étroits » entre certains États  occidentaux et certains États  africains, une justification à l’incapacité des dirigeants africains à tenir des promesses d’avenir. Cette étroitesse des liens diplomatiques elle-même justifiée par un ensemble de considérations relevant ou de l’occultisme, ou de « la raison d’État  ». Je le dis, car il semblerait que les dirigeants africains n’aient nullement, à ce jour, le sentiment d’être des gouverneurs à la tête des provinces de l’Empire. Sur cette même idée, lorsqu’ils souhaitent se détacher des puissances occidentales, c’est pour se rapprocher diplomatiquement de la nouvelle puissance chinoise dont rien ne nous dit à ce jour qu’elle n’est pas « impériale ».

Effectivement, il semblerait de prime abord que la Chine ne soit pas intéressée par les questions de politiques intérieures des États  africains (Cf. Gabon, Côte d’ivoire…), l’expérience ultérieure nous permettra de vérifier cette hypothèse que nous ne pouvons refermer trop tôt. Car les relations « Chinafrique » sont trop récentes pour en tirer de sérieuses conclusions.


 Axiome 3 :

 Le dernier axiome repose sur le constat de l’absence d’une doctrine expresse en matière de politique étrangère pour les États  africains. Cette absence de Praxis, conduit inéluctablement à l’improvisation qui elle-même conduit souvent à l’amateurisme en cas de crise. Il manque dans la sous région de l’Afrique subsaharienne, une véritable cohérence en matière de politique étrangère. En tout cas j’aimerai que l’on me donne ouvertement (sur des bases textuelles) les motivations qui sous-tendent l’intervention dans tel crise et l’abstention dans telle autre, qui serait similaire…


 Axiome 4 :

 

Repose sur le constat d’une forme d’archaïsme ou de ringardise dans les revendications que certains intellectuels africains, jugent aujourd’hui essentielles.

 

Si aujourd’hui je parle d’indépendances africaines, c’est uniquement parce que cela m’a été demandé d’une part et que c’était là aussi l’occasion de dire a pensée d’autre part. La manipulation de ces concepts me dérange fortement, car, ils me laissent, la terne impression qu’on parle en 2011 d’un concept qui tout comme les concepts d’État, de souveraineté, de frontières, sont pour moi, des concepts du siècle dernier. Des concepts, de l’époque Westphalienne, où les considérations stato-centrées étaient les socles de la réflexion portant sur l’organisation des sociétés et le devenir de la personne.

 

Aujourd’hui, le mode de gouvernance des sociétés et donc, les préoccupations des États, ont fortement changé. Jacques Chevallier parle volontiers de « l’État post-moderne », comme nouveau modèle de l’organisation des sociétés[xii]. De manière évidente, nous sommes passés d’une époque où la question de l’expansion du territoire était la préoccupation majeure des États, à une époque où il s’agit désormais de l’organisation de ce dernier.

 

Dans un tel contexte, il me paraît désuet de s’interroger sur les indépendances là où il n’existe pas, d’un point de vu stricto sensu, d’États, véritablement indépendants au monde. Le plus puissant d’entre eux (les Etats-Unis) est fortement endetté (3000 milliards de dollars) auprès de la Chine, du Japon et de la Corée. Ce qui oblige les Etats-Unis à accepter la sous-évaluation de la monnaie chinoise (yuan) et donc à faciliter les exportations chinoises dont le marché américain est la principale cible.

 

D’un point de vu juridique et régional, c’est la construction européenne qui a mis en place un ensemble juridique qui dicte désormais à l’intérieur des frontières, les politiques, des États  membres de l’Union, selon le schéma de l’auto limitation de souveraineté.

 

Dans ce cadre, la montée de la société civile traduit en Afrique, non pas la fin de l’État, mais son incapacité à avoir tenu les promesses du Contrat social et donc, la nécessité de réorienter les débats fondamentaux. C’est aussi, essentiellement cette société civile qui réclame non pas l’indépendance en tant que concept politico-juridique, mais simplement le « droit des peuple à vivre dans le bonheur » selon des modèles de sociétés par eux définis. A mon avis, cette revendication n’est pas une utopie lorsque l’on sait que dans certains États  africains, cela est possible en théorie et en pratique.

La question de l’administration du territoire, donc de la gouvernance ; la question du développement durable et de la répartition des richesses, donc les vraies questions d’avenir sont pour moi, ici les quelques exemples de défis auxquelles l’Afrique a à faire face, ces 20 prochaines années. Car ici, il ne s’agit, ni de courir encore moins de « rentrer dans l’histoire », mais de la faire et de la bien faire !

 

 

Avec mes sincères remerciements,

 

Istovant Nkoghe

Brest, le 6 mai 2011.

Texte présenté à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’escalvage

Dans le cadre du Festival Breizh Africa.


Notes et références

 

[i] Il est possible de la compléter avec Œdipe Roi.

 

[ii]  Pierre-Marie Dupuy, Droit international Public, Paris, Dalloz, 2002, 6e éd. pp. 29-145

 

[iii] La résolution 1514 (XV), adoptée le 14 décembre 1960 par l'Assemblée générale de l'ONU, admet cette limite et lui consacre le paragraphe 6 qui dispose clairement que, « toute tentative visant à détruire partiellement ou totalement l'unité nationale et l'intégrité territoriale d'un pays est incompatible avec les buts et les principes des Nations Unie

 

[iv] Charte des Nations-Unies, art.2§1 « l’organisation est fondée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses membres »

 

[v] Chapitre I, Article 2.7 de la Charte des Nations unies : « Aucune disposition de la présente charte n'autorise les Nations unies à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État. »

 

[vi] « (…) principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes » (article 1, alinéa 2 de la Charte des Nations-Unies).

 

[vii] Jean-Jacques Roche, Théorie des relations internationales, Paris, Montchrestien, 5e éd. 2004 p. 19

 

[viii] Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 

 

[ix] C’est au nom des peuples ivoirien et libyen que les forces sous mandat de l’ONU ont justifié leurs interventions militaires.

 

[x] Pour les besoins de l’analyse, celle-ci se réduit essentiellement aux États  de l’Afrique subsaharienne et dans une moindre mesure concerne certains États  du Maghreb dans ce qu’ils ont d’identique dans les évolutions des régimes. L’identité de leurs trajectoires politico-institutionnelles explique ce choix.

 

[xi] Max Weber, Le savant et le politique, paris, Plon, 1959, p. 112

 

[xii] Jacques Chevallier, L’État  post-moderne, LGDJ, 2003 

Par Istovant - Publié dans : International
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 6 avril 2011 3 06 /04 /Avr /2011 11:04

Depuis plusieurs mois nous avons assisté en direct à la dégradation de la situation en Côte d’ivoire sur les plans, politique, sociétal et humanitaire. Une vraie crise politique et humanitaire que l’Afrique n’avait plus connu depuis dix ans et qui une fois de plus, tend à consolider l’idée que le monde se fait de l’Afrique noire ; l’impossibilité d’une transition politique pacifique.

S’il est mal aisé d’apprécier toute la dimension politique du dossier (trop de paramètres inconnus), il est toute fois possible d’en soulever les interrogations juridiques sous-jacentes.


*      La première serait celui de l’organisation d’une élection présidentielle avec la Certification de l’ONU.


Si ce mécanisme préalablement pensé pour satisfaire aux exigences de l’article 1 de la Charte des Nations-Unies arrivait en CI dans le but d’éviter à l’intérieur de cet État  une rupture de la paix, il n’empêche qu’il porte à nourrir des interrogations relatives à d’autres principes des Nations-Unies : Notamment le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » (article 1 al.2) qui implique, l’auto-détermination de même que le libre choix du destin politique propre à chaque nation.

Le droit international interdit par ailleurs, l’ingérencedans les affaires intérieures des États. Le principe de non-ingérence, défini dans le Chapitre I, Article 2 al.7 de la Charte des Nations unies : « Aucune disposition de la présente charte n'autorise les Nations unies à intervenir dans les affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d'un État. » Seules deux exceptions contournent cette règle de droit. Dans le cas de menace contre la paix ou de non-respect des droits de l'homme, le droit international autorise de façon partielle et contrôlée l'intervention internationale dans les affaires d'un État souverain (la prénommée « ingérence humanitaire »). Ce principe est le corollaire du premier principe, celui de l’auto-détermination.

Il est certes vrai que la Certification du scrutin par les Nations-Unies est une mesure préalablement acceptée par le président sortant de la CI Laurent Gbagbo. Cependant, il est également nécessaire de préciser que, aculé, il n’a eu d’autres choix que d’accepter ce qui apparaissait alors comme une issue à la guerre civile ivoirienne déclenchée plus tôt, par les milices armées  (Forces Nouvelles) dont  Guillaume Soro est le secrétaire général. Il est également important de préciser que la Certification n’avait pour mandat que de « certifier » que le processus électoral s’était déroulé conformément aux règles de démocratie telles que reconnues par la communauté internationale. Le Conseil constitutionnel reste, dans la plupart des États  démocratiques, le seul organe qui valide et connaît du contentieux électoral. En CI, le Conseil constitutionnel a donné les résultats sur lesquels, il n’est pas utile de revenir ici.

Car l’objet de cette analyse n’est pas de déterminer qui, de Laurent Gbagbo ou de Alassane Ouattara est le vainqueur de cette élection, mais d’insister uniquement sur la pertinence des procédures.


*      Ma deuxième grande interrogation dans la crise en CI est la pertinence d’une intervention militaire de la France et de la Communauté internationale, aux côtés de Forces rebelles.


Dans le cadre de ses missions, le Chapitre VII (article 39 et Ss.), reconnaît au Conseil de sécurité le pouvoir de prendre des mesures en faveur de la paix. Dans un rapport ascendant, celles-ci peuvent aller du simple embargo (article 41) à la force coercitive (article 42) afin de rétablir la paix.

Dans le cadre du maintien de la paix en CI, le Conseil de sécurité avait pris la Résolution  1528 du 27 février 2004, portant création de l’ONUCI en remplacement de la MONUC. Pour les besoins de cette mission, il s’est appuyé sur les forces françaises déployées en CI dans le cadre de l’opération Licorne (article 43).

Dans un scénario comme celui de la CI (crise endogène avec des risques de rupture de la paix sous régionale), les forces militaires des Nations-Unies se contentent de manière générale à n’être que des forces d’interposition souvent impartiales.

Ce qui peut d’abord paraître surprenant, c’est le blocage de l’aéroport d’Abidjan par les forces de la Licorne, dans un contexte d’interposition, alors même que nous n’avons aucun élément qui permette de dire que cette mesure fut utile à la stabilisation ou à la consolidation de la paix en CI. Ou alors qu’elle fut nécessaire à empêcher la dégradation de la situation.

En outre, depuis quelques jours, les forces rebelles favorables à Alassane Ouattara, ont pris le contrôle du pays. Le reste n’étant que l’affaire de quelques jours. Des charniers ont été découverts un peu partout depuis le début des conflits. Ces derniers sont indifféremment imputables  à l’un et à l’autre des protagonistes. S’il est probable que Laurent Gbagbo, son épouse Simone et son jeune ministre Blé Goudé, risquent la Cour pénale internationale (une hypothèse qui à mon avis prendra forme si la crise se dénoue telle qu’elle semble se dénouer), que risquent ADO et son ministre Guillaume Soro au regard du droit pénal international ?

Enfin, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’opportunité juridique voire doctrinale d’une intervention militaire de l’ONU aux côté d’une faction rebelle, quelle qu’en puisse être la finalité. La Communauté internationale et l’ONU ont dès le départ mis l’accent  sur la prise en compte de la légalité (bien différente de la légitimité) dans le traitement des crises. Or dans le cas de figure ivoirien, cela ne semble poser de problème à personne que les forces (légales) de la Licorne soutiennent militairement (bombardements en appui aérien) l’action des forces rebelles dirigées par Soro et pro ADO. Sachant que, ce qui peut apparaître aux yeux de certains comme des forces de libération, apparaissent d’un autre point de vu, comme des forces terroristes portant atteinte à la sûreté de l’État. Cette problématique s’est déjà posée à plusieurs fois dans l’histoire de plusieurs autres nations (Israël, Afghanistan, France…). De là, de sérieuses interrogations montent quant « aux pouvoirs du Conseil de sécurité ». Il semblerait que ce dernier, pour faire face au contexte de la sécurité internationale actuel, agissent désormais de manière moins rigide, moins dogmatique. Préférant laisser place à des procédures ad hoc, utile à ses yeux pour gérer des crises protéiformes et soudaines. C’est le cas pour la CI, mais aussi actuellement pour la Lybie. Il s’agit de deux États  africains. Ce qui m’emmène à me remémorer la formule de Lacordaire sur l’adéquation entre la force et le droit, tout en espérant que l’ONU saura sous d’autres cieux (Europe, Moyen-Orient, Asie…), lorsque cela sera nécessaire, utiliser la coercition militaire pour mettre un terme à une rupture ou une menace de la paix internationale au lieu de se contenter d’une pléthore de résolutions inefficientes comme c’est souvent le cas.

 

Amicalement,

 

Istovant E. Nkoghe

Brest,

 

Par Istovant - Publié dans : International
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 11 décembre 2010 6 11 /12 /Déc /2010 04:31

 


Chers lecteurs,

 

Depuis quelques jours les yeux du monde entier sont rivés vers la côté d’Ivoire, suite à la situation absurde et absconse résultant de la dernière élection présidentielle. Si l’on souhaite avoir une approche plus nette de la situation, il faudrait la prendre depuis la mort de l’ancien président Félix Houphouët-Boigny, en 1993. Plusieurs plumes se sont déjà donné du mal à reconstruire la chronologie des évènements, pour que je le fasse ici, de façon certainement moins complète et probablement moins talentueuse[1]. En revanche ce que je souhaite dans ces quelques lignes c’est aborder une question bien complexe pour tous mais certainement aussi épineuse dans l’entendement de certains nationalistes africains de tous bords. Jeunes, adultes. Vieux et moins vieux. C’est la question de la politique en tant que constante dans la science de la gestion des cités. Et parallèlement à elle, l’idée de la République et de ses déclinaisons. Il est aussi possible d’aborder l’idée d’un pouvoir monarchique en tant qu’option politique possible, pour la crédibilité des régimes politiques africains. A partir de ces deux déclinaisons, il est possible de dire les erreurs originelles des systèmes politiques africains et peut être mieux comprendre leurs conséquences actuelles.

 

De l’universalité des règles du modèle républicain.

 

Au cours de l’été 2009, je visitais un quartier de Libreville dans lequel, des jeunes tenaient une réunion politique publique pour soutenir le candidat à la présidentielle, Ali Bongo, en lice à la succession de son défunt père Omar Bongo. L’ambiance qui y régnait était confiante et accueillante. Je fus présenté par mon accompagnateur à cette assemblée de jeunes citoyens que je trouvais, motivés au demeurant et intéressés par la chose politique. Ce qui n’était pas pour me déplaire. Au contraire, j’ai toujours voué une grande admiration aux personnes qui se soucient de la gestion de leurs cités et des éventuelles trajectoires de celles-ci.

Dans sa présentation de ma modeste personne, en des termes trop élogieux et certainement immérités, mon accompagnateur ajoutait que j’enseignais le droit constitutionnel à la faculté de Droit de Brest et que je militais au sein du Parti Socialiste. C’est à ce moment que je suis interpellé par le commentaire de l’un d’entre eux. Plus précisément, le président de séance :

 

«  - Voici un autre Ben Moubamba[2] ! Tous ces intellectuels sevrés à la conception occidentale de la politique » [Les propos de la deuxième phrase ont été retranscrits en une formulation bien mieux compréhensible et moins dédaigneuse]

 

Je lui répondais que la politique, est aussi universelle que la religion qu’il pratiquait, en l’occurrence, le catholicisme. Que tous deux ont leur part de liberté et de mythologie fondatrice et leur part de dogmatisme stabilisateur.

Tout comme l’Église catholique varie de Rome à Libreville. De Libreville à Macao. De Macao à Bassora. De Bassora au Québec. La politique peut emprunter les traits du creux dans lequel elle va se lover. Cela peut être perçu et c’est compréhensible, comme une stratégie qui permit, à une époque, une plus large adhésion à ce monothéisme  nouveau et symbolisant la suprématie spirituelle du colonisateur.

Le compromis fut de permettre une adaptation des rites sans pour autant toucher aux éléments essentiels. La genèse, la trinité, les mystères de la naissance et de la résurrection du Christ. Cet ensemble intangible que l’on entend, égrainé au cours du « credo » et qui est la base de la foi de tout chrétien catholique.

 

 On vit avec quelle habileté l’Église superposa son calendrier à celui des évènements païens dans la civilisation occidentale et dans bien d’autres, afin de permettre dans la mesure du possible une fusion des divinités. Ce que je dis ici est probablement contestable, mais je ne le tire nullement de mon imagination. Quelques simples recherches permettent de prendre connaissance des études réalisées par les historiens des religions sur ces sujets.

 

L’expansion d’une idée de la politique dans sa forme républicaine aux États africains qui ont choisi ce modèle obéit presque aux même logiques. Ou du moins aurait pu obéir aux mêmes logiques. Je dis « obéit », car la politique aussi a ses dogmes et ses avatars. Tout comme la religion, elle a ses mythes fondateurs et ses commandements. Elle a sa part de flexibilité et sa part d’intangibilité. On l’a vu, parmi les constitutions de nombreux États africains, si certaines s’inspirent ou des pratiques constitutionnelles du Commonwealth ou de la Constitution du 4 octobre 1958, elles comportent en soi une grande part d’innovation et d’originalité qui permettent de prendre en compte les réalités locales. Le Gabon a d’ailleurs, dans la pratique politique mis l’accent sur une répartition des postes, qui tient compte de la diversité des représentations ethniques et des provinces. Ce qui est à mon avis le signe d’une insuffisance démocratique et institutionnelle. Si je pense que cette pratique se justifiait à une époque bien reculée où les susceptibilités ethniques étaient bien réelles et la paix sociale encore fragile, je pense également qu’elle n’a plus sa place aujourd’hui. Ne pas l’abolir est le signe ou de convenances ou d’un manque de courage politique. Je pense que le Gabon est arrivé à l’adolescence et que les gabonais se fichent totalement que leur premier ministre soit de l’Estuaire ou d’une autre province tant qu’il reste le premier ministre d’un gouvernement républicain, lui-même soutenu par une majorité à parlementaire (lorsqu’il s’agit d’un régime parlementaire). Tout comme ils se fichent de l’origine provinciale du président du Sénat et de l’Assemblée Nationale. Les espoirs et les espérances des gabonais sont connus de tous et surtout, de tous les gouvernants.  Et bien mieux que ça, ils transcendent la condition ethnique. Toute autre approche relèverait ici ou d’une tentative de manipulation ou d’une dangereuse démagogie.

 

La politique et ses déclinaisons institutionnelles, comporte également sa part de sacré, d’inviolable. Ainsi, les États qui ont choisi la forme Républicaine devront avant toute chose servir l’intérêt général. C’est un dogme aussi réel et intangible que l’idée de la trinité dans la foi catholique. Dans une République, la transmission du pouvoir n’est pas héréditaire. Le pouvoir s’obtient par le mandat que le peuple octroi aux gouvernants par les seuls suffrages. Ce dernier est en principe limité, renouvelable ou pas. En outre, il existe une idée de la répartition des pouvoirs au sein de régime politique. Idée qui accompagne elle-même celle selon laquelle toute concentration du pouvoir conduit inexorablement au despotisme. C’est une expérience vécue et dont de nombreux régimes occidentaux ont tiré des leçons par le passé. La nécessité de diviser le pouvoir est le fruit d’une très longue réflexion, qui débute avec Aristote, dans son ouvrage, Politique. Cette réflexion se poursuivra avec les contributions historiques de Charles Louis de Montesquieu, de John Locke, de Jean-Jacques Rousseau et d’Emmanuel Joseph Sieyès. La nécessité de mettre en place un régime dans lequel les pouvoirs sont séparés et exercent sur eux un contrôle et/ou des pressions réciproques en toute indépendance fut généralement admis. Cela est devenu un autre dogme de la République. Une expérience cristallisée à partir d’un vécu et des conséquences assez répétées et désormais connues de tous. Les noms de Rousseau, Locke, Montesquieu, Sieyès ont à mes yeux autant d’importance, que ceux de Jean, de Luc ou de Mathieu. Ils sont les prédicateurs d’une aspiration aussi vieille que l’idée de société : Celle selon laquelle, l’homme aspire indéniablement à la paix et au bien vivre ensemble. Ces aspirations elles-mêmes ont été, assez bien théorisées par Maslow, dans sa légendaire pyramide des besoins, réalisée en 1943 sous le titre « A theory of Human Motivation ».

 

 

La forme du contrôle ou des moyens de pressions, de même que leur intensité, peuvent varier d’une région à une autre, mais il demeure vrai, aussi vrai que les mystères de l’Église, que dans un gouvernement républicain, le seul intérêt qui reste au dessus de tous et par tous temps, est l’unique intérêt général. En d’autres termes, avec le même respect auquel on se plie aux règles d’une religion dans laquelle, notre adhésion a été donnée, c’est avec le même respect que l’on se plie aux règles de la forme républicaine que l’on a choisi pour un État.

Rien ne nous met à l’abri de l’erreur fondamentale. Celle sans laquelle nous cesserions d’être humains. Tout peux changer, mais pas n’importe comment, pas n’importe quand. Une constitution est là pour décrire les institutions, leurs rôles, en définir les règles de fonctionnement et de répartition. C’est un texte sacré. C’est la bible du républicain. Or il est très répandu que les États africains et leurs dirigeants ont une fâcheuse tendance à en faire un simple livret décrivant la manière dont « ils » entendent gérer et répartir le pouvoir politique. En d’autres termes, « - l’État, c’est Moi ! »[3]. Il serait très apaisant d’entendre dans la religion quelqu’un qui réécrive la bible et prenne la place du Christ. Cela éviterait à des nations entières de continuer d’espérer infiniment ou alors plus simplement de mettre un terme au blasphème en le lapidant comme ils l’ont d’ailleurs fait du vrai Christ en son temps lorsqu’il s’est proclamé « messie  et fils de dieu ».

 

Cette tendance à penser qu’une personne peut se substituer à la République est une croyance vaine. Une vraie chimère lorsqu’il ne s’agit pas de délires métaphysiques aux conséquences aussi néfastes pour le despote lui-même que pour le peuple. Faut-il énumérer ici les nombreux exemples de décapitations  (au propre et au figuré) de gouvernants despotes ? (Nicolae Ceausescu, Mobutu Sese Seko, Saddam Hussein…) Faut-il de même énumérer le liste des nombreuses nations qui ont connu et connaissent encore pour certaines, une longue errance politique et sociale, liée à des années de gouvernance despotique dont l’irresponsable gestion a fini par laisser des États exsangue. Les conséquences nombreuses, sont aussi bien réelles. Sentiment grandissant d’impunité. Croyance obstinée que la loi ne veut rien dire. Croyance erronée que l’État est l’affaire de certains nantis. Croyance dangereuse que l’on accède au pouvoir par des facilités qui peuvent aller de la corruption à l’accomplissement de pratiques secrètes sacrificielles. Tendance fâcheuse à systématiquement soupçonner ceux qui parviennent dans la haute administration, d’être ou corrompu, ou extrêmement néfaste, car nécessairement anthropo-sacrificateur.

 

Obtenir un mandat du peuple est le seul moyen véritable d’arriver au pouvoir. Respecter les institutions et assurer leur indépendance est le seul moyen de les pérenniser et de les rendre consistante. Les exemples sont nombreux et sachons nous en inspirer. Je dis bien inspirer et non reproduire.

 

 

 

 

Pour en revenir à ce jeune président de séance animant une réunion politique publique au Gabon, puisque là était le point de départ de ma réflexion, je reste penser qu’il ne m’aurait jamais traité de Ben Moubamba s’il avait pris la peine de noter la signifiante différence qui s’impose entre ce dernier et moi, dans la grande élégance vestimentaire dont Bruno fait montre. Ce qui à mes yeux, a suscité une forme d’admiration en plus du grand talent oratoire dont il sait faire preuve si l’on ne s’attarde pas trop à sa tendance à vouloir systématiquement se mettre en scène.

Cet homme là ne m’aurait pas traité d’intellectuel occidentalisé à la solde de la « pensée blanche » s’il avait lu les propositions de la Trias Politica de Montesquieu et Politique d’Aristote. Il n’aurait jamais reproché  à Ben Moubamba d’être celui qu’il est ni d’avoir les positions qu’il a,  s’il avait suffisamment connaissance des implications historiques en termes de dommages et de gâchis, d’un régime mal ficelé ou travesti. Enfin et surtout, il penserait bien autrement si la portée de ses intérêts pouvaient seulement transcender le souci du ventre pour s’inscrire dans l’histoire du Gabon. Je veux dire, penser le Gabon de 2033…

 

J’ai souvent tendance à penser que, outre la comparaison avec l’Église catholique, les dogmes politiques sont comme des éléments chimiques. Tout mauvais mélange est potentiellement dangereux. Respecter les formes des régimes, c’est comme respecter les formules. Le dosage est fonction du récipient. Ce qu’il faut avant tout, c’est connaître cette chimie là que mon grand père appelait « le jeux des dieux ».

 

 

De la carrière politique, du bon et du mauvais narcisse. Ou comment ne pas se noyer dans le fleuve…

 

Je me suis toujours interrogé sur ce qui pousse un individu comme moi et bien d’autres à se lancer en politique. A penser que, dans la grande diversité des activités, des sacerdoces et des loisirs qui existent, comment se fait-il que c’est la politique que nous avons choisi ? Elle est extrêmement rude et dangereuse à plusieurs égards pour n’être qu’un loisir. Elle comporte sa part de drames personnels, de ridicule, d’humiliations et de blessures égotiques particulièrement néfastes pour la santé mentale, pour que l’engagement politique soit pris à la légère. Qu’est ce qui pousse un homme normal à se lancer là dedans ? Les réponses sont multiples et chacune comporte surement une part de sincérité, une autre part de non dit et une part de non-su.  

Au Gabon, le professeur Guy Rossatanga s’est penché sur la question, dans son « Introduction à la sociologie politique » (Ed. Raponda Walker, 2006). Dans cet ouvrage, il reprend un certain nombre de théories déjà développées par G. Burdeau (Traité de science politique, T.4, Paris, LGDJ) et par  J-M Denquin (science politique, PUF, 1989). Le professeur Rossatanga distingue trois profils :

 

 

. Le Passionné

. Le jouisseur /ambitieux [ajout de l’auteur]

. Le naïf

 

Le professeur Jacques Baguenard quant à lui, pose la problématique différemment. Il s’interroge sur l’idée assez bien répandue selon laquelle « le pouvoir rend fou » et inverse la question en se demandant si « la convoitise du pouvoir ne révèle pas d’emblée un déséquilibre narcissique initial justifiant une quête éperdue de compensation et de reconnaissance ». (Baguenard, les drogués du pouvoir, Ed. economica, 2006).

 

Les questions telles que posées et reconnaissons-le ne sont pas vaines. François Hollande et moi au cours d’un échange à Pontanézen à Brest au sujet de son éventuelle candidature aux primaires socialistes avions eu une discussion à ce sujet. Il me disait qu’une telle décision devait être réfléchie très sérieusement. Car, « se lever un jour et penser qu’on peut être le président des français, ce n’est pas rien. Cela  relève d’une forme évidente de mégalomanie qu’il faut personnellement et ensuite aux yeux des autres, pouvoir assumer ».

 

Dans  L’audace d’Espérer, 2006, p. 133, B. Obama évoque le souvenir de sa décision d’aller aux primaires démocrates, pour l’élection au Sénat, contre Bobby Rush en 2000. « Cela requiert au minimum une certaine mégalomanie, la conviction que, de tous les gens talentueux de votre État, vous êtes, pour une raison ou pour une autre, le plus qualifié pour parler en son nom, une conviction suffisamment forte pour être prêt à subir l’épreuve parfois exaltante, parfois accablante, mais toujours légèrement ridicule, que nous appelons campagne électorale ».

 

De ces quelques points de vus, il ressort que la décision d’aller en politique et la perspective d’un mandat n’est jamais une décision ordinaire. Elle a sa part d’ambition, de narcissisme et de Mégalomanie. Elle dresse au grand jour les articulations d’un rapport avec Soi. Cependant ! Il est toujours très intéressant de s’interroger sur la nature de son ambition. Elle peut être personnelle ou collective. Il est aussi aisé de comprendre que la volonté de « pourchasser l’applaudissement du peuple, d’être porté en triomphe ou de se tenir en statue d’airain sur le forum » sont autant d’éléments qui traduisent une inconsciente volonté de panser quelques déchirures de son histoires personnelles. Il est également possible de découvrir en soi, une volonté inébranlable de servir un intérêt général qui nous dépasse, nous, nos proches et qui se décline pour des générations futures. Sentir que l’on a cette ambition, que contrairement à quelques nombreuses personnes, on a la chance d’avoir du courage, de ne pas être très abonné au sentiment de peur et à ses effets paralysants, d’avoir de la vision politique. Être disposé à faire face à cette part accablante et parfois humiliante que la politique comporte de lots, sans remettre en cause le fondement de ses idées. Avoir des convictions, une idée assez partagée de ce qui est juste et bon pour l’intérêt général. Voici, ne pas être égoïste et faire don de soi au sens de l’histoire.

Là où, la détermination, l’écoute et la consultation sont le propre de celui qui nourrit une ambition collective, l’obstination et la surdité sont les caractéristiques de celui qui cherche à satisfaire une ambition personnelle. Distinguer les deux est une démarche assez aisée pour le citoyen ordinaire. Mais quelque soit l’un ou l’autre, l’idée et l’esprit de la démocratie exige que seul le peuple choisit toujours ses gouvernants, quitte à, soit en vivre l’heureuse expérience, soit, en connaître la douloureuse liaison. Ne dit-on pas qu’un peuple a les dirigeants qu’il mérite ?

Cependant, en aucun cas, et j’insiste à ce sujet, il n’appartient à nul homme politique d’imposer à un peuple une idée de ce qui est bien pour ce dernier.

Le pouvoir dans une République s’obtient uniquement par la voie des urnes et le vote se fait sur la base d’un projet de société validé par les suffrages.

 

En Afrique, les gouvernants ont pris la fâcheuse habitude (pour des Républiques) de tricher pour accéder au pouvoir, lorsque ce n’est pas la force armée qui est utilisée. Les exemples d’une élection démocratique et libre y sont aussi rares que les saisons de pluies enneigées. Ce qui me pousse à m’interroger non plus sur la personnalité des gouvernants, mais sur la vraie psychologie des peuples africains, sur le rapport de l’homme africain avec le pouvoir (qu’il confond trop souvent au commandement) et ses détenteurs, bref, sur le régime politique adéquat. Poser cette question c’est aussi mettre en lumière la responsabilité du peuple en tant qu’entité souveraine. Oui ! Le peuple a sa part de responsabilité dans la construction et la déconstruction des histoires politiques.

 

Je vais glisser ici sous la forme d’une fausse provocation, l’idée qu’il faudrait peut-être songer à revoir les régimes politiques africains et aller dans le sens de ce qu’historiquement et anthropologiquement nous avons connu : Les Monarchies et les Empires avec leurs systèmes de chefferies… Là je choque certainement plus d’un, cela ne me surprend guère et au passage, je récupère des amis que je mettrai quand même en garde. Voici les quelques raisons pour lesquelles, je le pense. D’abord en Afrique, il existe un rapport très paternel entre le dirigeant et le peuple. A-t-on jamais entendu appeler un chef d’État, « papa X » ou « Yaya Y. ». L’émergence même de ce seul rapport biaise d’emblée le jeu de la démocratie et la création  des avatars de la République. L’autorité du père en Afrique est incontestable là où le jeu et le fondement même de la République exige, le débat, la divergence d’opinion, mais, le projet collectif et la vision d’ensemble. Le modèle républicain tel qu’il est connu en occident n’a réussi en partie, que grâce à la nature anthropologique et sociologique du peuple occidental pris comme un tout. La naissance d’un parricide en fut l’une des conditions majeures et pas des moindres.

Ce parricide sera repris sous le célèbre slogan : « Dieu est mort » de Friedrich Nietzsche (Le Gai Savoir, aux aphorismes 108 (« Luttes nouvelles ») et 125 (« L'insensé »). Bien pire encore comme nous venons de le voir, le parricide concorde sur un autre plan avec cette forme de déicide que Nietzsche clame ! Et qui avait succédé à la décapitation du Roi de France en 1793 sur la place de la révolution à Paris !

 

 S’il est une chose dont je suis à peu près sûr, c’est que le consensualisme collectif n’est pas la nature fondamentale de la République, ni, le musèlement de l’opinion, un de ses états. Par ailleurs, le père est fait pour durer. On ne change pas de père au cours d’une existence humaine, sauf, cas d’adoption. Comment voulez-vous que l’alternance politique soit la règle dans un tel contexte psychologique, sociologique et politique. Enfin, la mort du père est toujours un drame et sa succession un fait quasi impossible, qui finit souvent dans des déchirements du tissu familial lorsqu’elle ne termine pas par la désignation systématique ou usurpée du primo genitur (premier enfant de sexe mâle). Suivez mon regard…

Face à tant de complexités évidentes, deux options s’offrent à nous en tant qu’Africains.

 

1-      Continuer l’expérimentation du modèle démocratique républicain, en espérant tirer des leçons conséquentes des différents et nombreux drames qui surviendront au cours de cette expérimentation, afin d’aboutir à un état de maturité politique et démocratique.

 

 

 

2-      Comprendre assez vite que les dirigeants sont en réalité des chefs traditionnels qui exercent le pouvoir politique à la manière de chefferies, qui n’entendent être, ni contestés, ni remplacés (remplace-t-on le chef de son vivant ?). Comprendre que le peuple africain est encore dans le modèle de l’anti-Œdipe. Lent à vite distinguer le rapport bien différent de l’image du père (qu’il est vital de tuer dans une logique psychologique, car préalable à toute ambition d’émancipation) et de l’image du mandataire politique (un locataire extraordinaire dont l’étendu des pouvoirs ne dépend que du seul peuple souverain). Dans ce cas et afin d’éviter tout drame, retourner (et c’est ce que certains défenseurs des idées afro-centristes prônent) dans les modèles d’organisations politiques qu’avaient bâti nos anciens, en conformités avec nos croyances, nos mœurs et nos habitus.  

 

Pour ma part, si je pense que le modèle Républicain est celui qui est, à ce jour, le plus conforme et le plus adapté aux aspirations individuelles et collectives, du désir de réalisation personnel de chacun, mais aussi de l’aventure collective, c’est ce modèle que je défends et soutiens (je viens à nouveau de perdre tous les amis qui vont me reprocher de « penser comme un blanc » et que j’avais pour un temps bien bref, reconquis…). Mais à une condition : Que les règles du jeu soient connues de tous et respectées par tous. La charte de l’Onu et le droit international interdisent l’ingérence dans les affaires politiques des États. Il existe des procédures électorales pour déterminer le vainqueur et le perdant à une élection. Des procédures pour contester les résultats d’une élection et des institutions pour trancher en cas de conflit. C’est à cette seule condition que les républiques africaines seront stables et probablement prospères.

 

Cette vision est celle que je nourris actuellement. Elle n’est pas à l’abri de l’erreur, pas plus qu’elle n’est à l’abri des évolutions de ma propre conception de la politique.

A moins, d’ailleurs que je ne me trompe depuis le début et sur toute la ligne, à moins qu’il ne s’agisse ni de politique, ni d’intérêt général,  ni même d’aucune forme de République, mais tout simplement de « Pouvoir et de Sexe» au sens freudien[4].

 

 

 

 

 

 

Amicalement,  Istovant Nkoghe,

Brest, le 08 Décembre 2010

Texte disponible en pdf sur simple demande

Contact : istovant.nkoghe@yahoo.fr

 




[1] « Comprendre la Côte d’Ivoire », (J-C) CAMBADÉLIS – 07/12/2010, disponible sur son site internet.

 [2] Bruno Ben Moubamba est un homme politique gabonais. Candidat malheureux aux dernières élections présidentielles (2009) au Gabon, porte-parole des acteurs libres de la société civile gabonaise et résidant en France. Candidat atypique lors de cette élection il fut perçu comme le stéréotype de « celui qui a trop étudié ». Ce qui lui donne une stature d’intellectuel politique dans un contexte où le pragmatisme et les brutalités politiques prennent les allures de ce qu’il nomme en 2009 « la Sorcellerie politique ».

[3] Formule attribuée à Louis XIV, en 1655

[4] Antoine Auger, Dimitri Casali, sexe et pouvoir, les dessous de la vie des chefs, Ed. de la Martinière, 2008, 189 p. 

 

Par Istovant - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 1 décembre 2010 3 01 /12 /Déc /2010 19:42

 

(Extraits...)

 

Je défends l’égaré, le faible, et cette foule
Qui, n’ayant jamais eu de point d’appui, s’écroule
Et tombe folle au fond des noirs événements ;
Etant les ignorants, ils sont les incléments ;
Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire
À vous tous, que c’était à vous de les conduire,
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité,
Que votre aveuglement produit leur cécité ;
D’une tutelle avare on recueille les suites,
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.
Vous ne les avez pas guidés, pris par la main,
Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin ;
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe.
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ;
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Ils errent ; l’instinct bon se nourrit de clarté ;
Ils n’ont rien dont leur âme obscure se repaisse ;
Ils cherchent des lueurs dans la nuit, plus épaisse
Et plus morne là-haut que les branches des bois ;
Pas un phare. A tâtons, en détresse, aux abois,
Comment peut-il penser celui qui ne peut vivre ?
En tournant dans un cercle horrible, on devient ivre ;
La misère, âpre roue, étourdit Ixion.
Et c’est pourquoi j’ai pris la résolution
De demander pour tous le pain et la lumière.

Par Istovant
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 19 novembre 2010 5 19 /11 /Nov /2010 10:43

 

François Hollande visite les Brestois et de manière plus générale les finistériens ce lundi 22 novembre à 20h au Local de la rue Portzmoguer. Après la visite à Quimper de Jean-Christophe Cambadélis, on va dire que celle de François Hollande tombe à propos. Toutefois, je ne peux m'empêcher de penser ou de ressentir cet âpre sentiment de déjà vu. Les primaires en internes, c'est l'année prochaine, il serait naïf de penser que le PS surprendra cette fois-ci par le discipline partisane. Il faut s'attendre à une plétore de candidats tous aussi charmants les uns que les autres, mais...méfions nous de l'après primaires. rien n'est joué d'avance et je me méfie des frustrations post électorales qui engendrent,  rancunes, rancoeurs et aigreurs politiques. 

Dans toute cette chorégraphie, il est bien et bon pour certains de savoir qu'ils ont été aux commandes, qu'ils n'ont pas pu à ce moment nous porter au pouvoir et donc, de laisser à d'autres, probablement plus chanceux, le soin de nous y conduire. 


Par Istovant - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 21 décembre 2009 1 21 /12 /Déc /2009 17:11

logo-05-1-.gif                                                                           Brest, 17 décembre 2009

 

« Est-ce que le Parti Socialiste fait toujours rêver ? »

 

Par I. Nkoghe (1)

Section Brest Rive Gauche du Parti Socialiste

 

 

 

 

Mes très chers camarades, mes chers compagnons d’idées,

 

 

A une époque sans doute, où lorsque l’on s’intéresse de près ou de loin au destin de la France et du monde, il est souvent difficile d’y voir une once de lumière ou un brin de soleil. Cette perspective s’étend à l’horizon comme peut s’étendre la vision de Brest, lorsqu’elle est parée de la plus belle de ses robes gris-cendre.

 

De la récente crise financière qui vient de montrer de manière évidente, les limites du model capitaliste et par de là, les limites de ceux qui pensent qu’ils peuvent sans conséquences spéculer, au détriment de toute une partie de l’humanité, qui faute de capital, n’aura pour héritage que le poids de l’exploitation et du mépris.

 

Au vu de l’impressionnante ascension des violences urbaines, explicables en partie par la fracture entre les institutions d’une part et des citoyens qui ne croient plus en l’égalité des chances dans un pays où les mots « Liberté-égalité-Fraternité » sont hissés au niveau du credo sur les plus hauts frontons de la République.

 

Ex : Fusillade Lyon qui a coûté la vie à un enfant de 12 ans

 

Ex : Fusillade d’Orly entre des policiers et deux individus suite à un refus de contrôle de police.

 

Dans un contexte où la santé, première richesse de la personne humaine, donc nécessairement, premier des droits fondamentaux, semble subitement être le privilège des riches.

 

Dans une société où la question religieuse et en filigrane, notre combat pour la laïcité et les crispations qui en découlent, n’a jamais autant donné l’impression d’un réel malaise en sein de la société française. Lorsque Nadine Morano souhaite que « le jeune Musulman ne parle pas verlan et ne porte pas sa casquette à l’envers », on peut s’interroger sur les amalgames, dangereux, qui peuvent être faits par les membres de l’actuel gouvernement sur le rapport entre une religion et toute une catégorie de citoyens. Ces amalgames presque meurtriers qui viennent bétonner le divorce entre cette catégorie de citoyens et cette catégorie de dirigeants.

La plupart des Français ne rêvent plus. Le « travailler plus pour gagner plus » s’est soldé par un des plus cuisants échecs et par un « travaillez plus pour vous tuer au travail ! » (2). Se tuer au travail est une expression que nous avons vu prendre forme littéralement chez France télécom, ces derniers mois, mais pas que…

 

Le spectre d’un avenir sombre, dans une société devenue pessimiste par le sentiment d’injustice que peut provoquer les faveurs faites aux plus riches, au détriment des plus nécessiteux. Le tout entretenu, par une perfusion médiatique d’informations mornes, biaisées et indigestes.

 

A un tel rythme, il semblerait qu’un véritable drame social se prépare, de manière imperceptible, imprévisible, nourri et entretenu dans la force des colères silencieuses, dans la violence des injustices non réparées et des malaises croissants. Un drame bien plus important que celui annoncé par Rachida Dati en off de l’émission « 66 minutes » depuis son siège de Strasbourg.  

 

Dans tout ce vacarme silencieux, au cœur de ces grognements sourds, il tombe à pic de s’interroger sur le potentiel du PS à faire encore rêver…

 

Le PS fait-il toujours rêver ?

 

Formulé ainsi, cela suppose que le PS a déjà fait rêver.

 

Effectivement, lorsque l’on se projette au début du 19e siècle, quelques temps après l’explosion du progrès industriel et l’extrême misère que ce dernier a suscité au sein des classes ouvrières, quelques hommes parmi lesquels, Saint Simon, Charles Fourier, Etienne Cabet et Jules Leroux ont commencé à penser la question de la condition sociale des ouvriers.

On peut dire qu’ils ont rêvé le bonheur de la classe ouvrière et avec l’imagination qui leur valut le qualificatif d’utopistes, ils ont imaginé les moyens de parvenir à ce bonheur(3).

 

Le parti socialiste, parti des conquêtes, comporte en soi la notion même du rêve. Parce que la conquête ou la quête sont très liées à la notion de chevalerie ou à celle de Croisé (Républicain), le citoyen voit dans le parti socialiste, le parti des grands combats, le combat pour les grandes idées, des idées pour le progrès social. Là où d’autres formations se sont résignées à composer avec la dure réalité…Le PS oscille entre l’idéal et la réalité, car les deux font partie intégrante de son essence(4).

 

Or, si le rêve, l’idéal ou le rêve autour d’un idéal rassemblent, trop souvent l’emprise quotidienne avec le pouvoir, les amertumes, les luttes fratricides et les solitudes qui en découlent donnent l’impression d’un égarement de notre formation politique. Cette impression engendre elle-même, une difficulté de lecture de la position socialiste sur les grands problèmes de notre société. Cette difficulté de lecture, a elle-même pour conséquence un sentiment d’incompréhension entre les français et le parti.

 

Pour beaucoup, le PS ne fait plus rêver. Ce grand parti dont le président lui-même, dans ses divagations humoristiques, reconnaît la grandeur, lorsqu’il s’auto proclame DRH du PS, (ce parti) donne l’impression de se détacher de la réalité sociale, trop encastré dans les logiques de luttes au sommet, avec parfois, des méthodes dont la petitesse, peut révéler la hauteur d’esprit de certains de nos dirigeants.

 
Honnêtement, il me semble, avoir plus que jamais l’impression que sur un point de vu technique (ses réformes, ses erreurs, son illégitimité), Nicolas Sarkozy est probablement, le président le plus « battable » des combats présidentiels qu’a mené notre formation politique sous la Ve République et paradoxalement, il apparait comme celui qui, d’avance, avec l’arrogance qui le caractérise, avance vers 2012 avec une confiance pétrie de certitudes. Les socialistes, trop occupés à se trouver un digne chef, ou un chef digne de ce nom, se chargent de faire le boulot à sa place.

 

Le PS, fait-il toujours rêver ?

 

Mes chers camarades, la question tombe à pic et il serait intéressant de tirer avantage des propos et propositions qui sortiront de cette section, pour éventuellement, dégager les moyens d’une nouvelle approche, d’une nouvelle communication, d’une nouvelle stratégie de recrutement des adhérents, à l’approche silencieuse, mais certaine du grand rendez-vous de 2012.

 

Par la parole et par l’action, le PS fut et reste fondamentalement, le vecteur des lumières.

 

Par la parole, ce parti a exhorté à l’éducation des masses ouvrières, lorsqu’en 1900, Charles Rappoport lance sa bibliothèque ouvrière socialiste et lance «  Les partis réactionnaires ont pour complice involontaire, l’ignorance d’un trop grand nombre de nos pauvres camarades (…) la science émancipatrice devrait chasser des cerveaux, les ténèbres, dans la lignée de nos ancêtres, conquérants des idées progressistes des lumières ».

 

Par l’action, le PS se renseigne et s’intéresse de près aux conditions réelles du milieu social que le parti est appelé à transformer.

 

C’est dire que quelque soit la durée de la nuit, la hauteur des sommets ou la profondeur des abîmes, tant que les poings serreront fermement des roses, il n’est pas de combat pour la justice sociale que le PS, devrait mépriser.

 

En définitive, je ne peux terminer sans citer ces quelques paroles déjà notées en 1972 par F. Mitterrand, et qui je pense trouveront tout leur éclat dans l’ardeur de vos interventions :

 

« Ce qui fait bouger ces foules porte un nom, Liberté. Liberté: le droit de vivre. Liberté: le droit d'apprendre. Liberté: L’égalité des chances. Liberté: la dignité des travailleurs.

 

Mais la liberté n'existe pas à l'état naturel. Elle naît quand on l'organise. La liberté est une conquête.

 

Monopoles, cartels, banques, ce sont les nouveaux seigneurs. Ils traitent l'homme comme une marchandise et font main basse sur les richesses de la terre.

 

La terre, c'est la seule que nous ayons. La vie, c'est la seule que nous vivions. II n'est pas d'autre choix: prendre conscience de l'oppression, de la misère, du désespoir et prendre le moyen de les faire reculer. C'est la mission des socialistes.

 

Regardez ces cortèges dans la rue, ces gens qui se rassemblent, ces poings qui se lèvent, ces mains qui s'unissent et, bientôt, la dernière image, dans le poing une rose, le poing pour le combat, la rose pour le bonheur. »

 

                                                 Vous remerciant, Istovant Nkoghe.

 



Militant de la Section Brestoise, Rive Gauche. Contact : istovant2002@yahoo.fr

Avec en prime l’incapacité de concilier la vie professionnelle (accessoire) avec la vie privée (principal)

Le courant du socialisme Utopique dans la lignée de Proudhon

Jean Jaurès, « Le courage c’est d’aller à l’idéal et comprendre le réel »

Par Istovant - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /Oct /2009 01:32

Le groupe Jeunes et précarité (JEP) et le comité de ville de Brest organisent  

 

mercredi 14 octobre à 20h00


au local du PS rue de Portzmoguer

 

une réunion débat avec


le sociologue Christophe Moreau intitulée :

« l’image de la jeunesse en France, manipulations médiatiques et réalités de terrain. »

 

Par Istovant - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 6 septembre 2009 7 06 /09 /Sep /2009 23:27

Je me suis aperçu, avec l'aide d'un ami cher et certes un peu tard qu'avant tout, il était primordial de commencer le combat pour la République. Ce dernier est en réalité le socle de toute démocratie. Sans la République, il n'est de démocratie que chimèrique. Maintenant, républicains, à l'ouvrage! La besogne et la tache sont grandes.
Par Istovant - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 17 mars 2009 2 17 /03 /Mars /2009 22:31

"Pour la deuxième fois depuis sa nomination à Matignon, François Fillon avait décidé d'engager la responsabilité du gouvernement, en vertu de l'article 49.1 de la Constitution, sur une déclaration de politique étrangère. (...)"


Des méthodes qui n'offrent aucune place pour le débat d'idées. Des passages en force. De plus en plus de mépris de l'opinion publique. Des attentes populaires qui ne trouvent aucune réponse, ni aucune oreille attentive.
Lorsque le peuple français refuse en mai 2005 le projet de constitution pour l'Europe, on le contourne en projettant de soumettre au vote du congrès ce texte, à la majorité des 3/5 (que le président est sûr d'obtenir).
J-F Copé parle d'une Ve République bis et je demande, "à quand la Ve République ter?". Nous sommes dans le royaume du roi Ubu. C'est un euphémisme.

Par Istovant - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /Fév /2009 06:49

Le PS français a rendu public le manifesto que pour la première fois tous les  socialistes européens ont décidé d'adopter. Ce manifesto bien que conçu initialement pour les élections législatives européennes, arrive à point. Il profite ainsi de la situation de crise généralisée pour offrir des solutions viables et efficaces, de même qu'il apporte des réponses aux aspirations des citoyens européens.

Il s'articule autour des grands axes suivants:


1. Relancer l'économie et éviter le retour des crises financières
2. Faire progresser la justice dans la nouvelle Europe sociale
3. Mettre l’Europe en tête de la lutte contre le changement climatique
4. Parvenir à l'égalité des sexes en Europe
5. Donner à l’Europe une politique d’immigration pour le progrès
6. Faire de l'Europe un partenaire fort pour la paix, la sécurité et le
développement

consultable ici: Manifesto.

Citoyens d'abord!
Par Istovant
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés