Contribution au Débat de Section
Brest, 17 décembre 2009
« Est-ce que le Parti Socialiste fait toujours rêver ? »
Par I. Nkoghe (1)
Section Brest Rive Gauche du Parti Socialiste
Mes très chers camarades, mes chers compagnons d’idées,
A une époque sans doute, où lorsque l’on s’intéresse de près ou de loin au destin de la France et du monde, il est souvent difficile d’y voir une once de lumière ou un brin de soleil. Cette perspective s’étend à l’horizon comme peut s’étendre la vision de Brest, lorsqu’elle est parée de la plus belle de ses robes gris-cendre.
De la récente crise financière qui vient de montrer de manière évidente, les limites du model capitaliste et par de là, les limites de ceux qui pensent qu’ils peuvent sans conséquences spéculer, au détriment de toute une partie de l’humanité, qui faute de capital, n’aura pour héritage que le poids de l’exploitation et du mépris.
Au vu de l’impressionnante ascension des violences urbaines, explicables en partie par la fracture entre les institutions d’une part et des citoyens qui ne croient plus en l’égalité des chances dans un pays où les mots « Liberté-égalité-Fraternité » sont hissés au niveau du credo sur les plus hauts frontons de la République.
Ex : Fusillade Lyon qui a coûté la vie à un enfant de 12 ans
Ex : Fusillade d’Orly entre des policiers et deux individus suite à un refus de contrôle de police.
Dans un contexte où la santé, première richesse de la personne humaine, donc nécessairement, premier des droits fondamentaux, semble subitement être le privilège des riches.
Dans une société où la question religieuse et en filigrane, notre combat pour la laïcité et les crispations qui en découlent, n’a jamais autant donné l’impression d’un réel malaise en sein de la société française. Lorsque Nadine Morano souhaite que « le jeune Musulman ne parle pas verlan et ne porte pas sa casquette à l’envers », on peut s’interroger sur les amalgames, dangereux, qui peuvent être faits par les membres de l’actuel gouvernement sur le rapport entre une religion et toute une catégorie de citoyens. Ces amalgames presque meurtriers qui viennent bétonner le divorce entre cette catégorie de citoyens et cette catégorie de dirigeants.
La plupart des Français ne rêvent plus. Le « travailler plus pour gagner plus » s’est soldé par un des plus cuisants échecs et par un « travaillez plus pour vous tuer au travail ! » (2). Se tuer au travail est une expression que nous avons vu prendre forme littéralement chez France télécom, ces derniers mois, mais pas que…
Le spectre d’un avenir sombre, dans une société devenue pessimiste par le sentiment d’injustice que peut provoquer les faveurs faites aux plus riches, au détriment des plus nécessiteux. Le tout entretenu, par une perfusion médiatique d’informations mornes, biaisées et indigestes.
A un tel rythme, il semblerait qu’un véritable drame social se prépare, de manière imperceptible, imprévisible, nourri et entretenu dans la force des colères silencieuses, dans la violence des injustices non réparées et des malaises croissants. Un drame bien plus important que celui annoncé par Rachida Dati en off de l’émission « 66 minutes » depuis son siège de Strasbourg.
Dans tout ce vacarme silencieux, au cœur de ces grognements sourds, il tombe à pic de s’interroger sur le potentiel du PS à faire encore rêver…
Le PS fait-il toujours rêver ?
Formulé ainsi, cela suppose que le PS a déjà fait rêver.
Effectivement, lorsque l’on se projette au début du 19e siècle, quelques temps après l’explosion du progrès industriel et l’extrême misère que ce dernier a suscité au sein des classes ouvrières, quelques hommes parmi lesquels, Saint Simon, Charles Fourier, Etienne Cabet et Jules Leroux ont commencé à penser la question de la condition sociale des ouvriers.
On peut dire qu’ils ont rêvé le bonheur de la classe ouvrière et avec l’imagination qui leur valut le qualificatif d’utopistes, ils ont imaginé les moyens de parvenir à ce bonheur(3).
Le parti socialiste, parti des conquêtes, comporte en soi la notion même du rêve. Parce que la conquête ou la quête sont très liées à la notion de chevalerie ou à celle de Croisé (Républicain), le citoyen voit dans le parti socialiste, le parti des grands combats, le combat pour les grandes idées, des idées pour le progrès social. Là où d’autres formations se sont résignées à composer avec la dure réalité…Le PS oscille entre l’idéal et la réalité, car les deux font partie intégrante de son essence(4).
Or, si le rêve, l’idéal ou le rêve autour d’un idéal rassemblent, trop souvent l’emprise quotidienne avec le pouvoir, les amertumes, les luttes fratricides et les solitudes qui en découlent donnent l’impression d’un égarement de notre formation politique. Cette impression engendre elle-même, une difficulté de lecture de la position socialiste sur les grands problèmes de notre société. Cette difficulté de lecture, a elle-même pour conséquence un sentiment d’incompréhension entre les français et le parti.
Pour beaucoup, le PS ne fait plus rêver. Ce grand parti dont le président lui-même, dans ses divagations humoristiques, reconnaît la grandeur, lorsqu’il s’auto proclame DRH du PS, (ce parti) donne l’impression de se détacher de la réalité sociale, trop encastré dans les logiques de luttes au sommet, avec parfois, des méthodes dont la petitesse, peut révéler la hauteur d’esprit de certains de nos dirigeants.
Honnêtement, il me semble, avoir plus que jamais l’impression que sur un point de vu technique (ses réformes, ses erreurs, son illégitimité), Nicolas Sarkozy est probablement, le président le plus « battable » des combats présidentiels qu’a mené notre formation politique sous la Ve République et paradoxalement, il apparait comme celui qui, d’avance, avec l’arrogance qui le caractérise, avance vers 2012 avec une confiance pétrie de certitudes. Les socialistes, trop occupés à se trouver un digne chef, ou un chef digne de ce nom, se chargent de faire le boulot à sa place.
Le PS, fait-il toujours rêver ?
Mes chers camarades, la question tombe à pic et il serait intéressant de tirer avantage des propos et propositions qui sortiront de cette section, pour éventuellement, dégager les moyens d’une nouvelle approche, d’une nouvelle communication, d’une nouvelle stratégie de recrutement des adhérents, à l’approche silencieuse, mais certaine du grand rendez-vous de 2012.
Par la parole et par l’action, le PS fut et reste fondamentalement, le vecteur des lumières.
Par la parole, ce parti a exhorté à l’éducation des masses ouvrières, lorsqu’en 1900, Charles Rappoport lance sa bibliothèque ouvrière socialiste et lance « Les partis réactionnaires ont pour complice involontaire, l’ignorance d’un trop grand nombre de nos pauvres camarades (…) la science émancipatrice devrait chasser des cerveaux, les ténèbres, dans la lignée de nos ancêtres, conquérants des idées progressistes des lumières ».
Par l’action, le PS se renseigne et s’intéresse de près aux conditions réelles du milieu social que le parti est appelé à transformer.
C’est dire que quelque soit la durée de la nuit, la hauteur des sommets ou la profondeur des abîmes, tant que les poings serreront fermement des roses, il n’est pas de combat pour la justice sociale que le PS, devrait mépriser.
En définitive, je ne peux terminer sans citer ces quelques paroles déjà notées en 1972 par F. Mitterrand, et qui je pense trouveront tout leur éclat dans l’ardeur de vos interventions :
« Ce qui fait bouger ces foules porte un nom, Liberté. Liberté: le droit de vivre. Liberté: le droit d'apprendre. Liberté: L’égalité des chances. Liberté: la dignité des travailleurs.
Mais la liberté n'existe pas à l'état naturel. Elle naît quand on l'organise. La liberté est une conquête.
Monopoles, cartels, banques, ce sont les nouveaux seigneurs. Ils traitent l'homme comme une marchandise et font main basse sur les richesses de la terre.
La terre, c'est la seule que nous ayons. La vie, c'est la seule que nous vivions. II n'est pas d'autre choix: prendre conscience de l'oppression, de la misère, du désespoir et prendre le moyen de les faire reculer. C'est la mission des socialistes.
Regardez ces cortèges dans la rue, ces gens qui se rassemblent, ces poings qui se lèvent, ces mains qui s'unissent et, bientôt, la dernière image, dans le poing une rose, le poing pour le combat, la rose pour le bonheur. »
Vous remerciant, Istovant Nkoghe.